Nicolas Peyrac, Case départ

Voilà quelques jours déjà que j'ai téléchargé sur Fnacmusic Case départ, le nouvel album de Nicolas Peyrac. Case départ, pour souligner le retour de l'artiste à la Bretagne de son enfance après 15 ans d'exil au Canada, retour évoqué d'entrée de jeu dans Ma vie est ici :

Ma vie est ici, rien à faire
Ici mes amis et mes frères
Celle qui m'a mis au monde, et mon père

"Et mon père" : autre petit clin d'oeil au passé ?..

Retour aussi à la guitare acoustique, après le disque précédent, Vice versa, plus rythmique, plus percutant. De fait, les guitares donnent à ce 17e opus une tonalité très douce, très mélodieuse. Nicolas Peyrac signe 12 titres empreints de beaucoup de sérénité, de lucidité sur les Autres et sur le temps qui passe, d'attachement aux valeurs essentielles : amour, tolérance, authenticité, simplicité.

L'un de mes titres préférés, Une peau que t'as pas, reprend le thème de la différence déjà abordé sur l'album précédent dans le magistral Ne me parlez pas de couleurs.

Elle n'a jamais compris pourquoi
On ne lui a jamais dit
Que les hommes n'étaient pas si égaux que ça
Ca tient à pas grand chose des fois
Qui tu pries quand t'as froid
Une peau que t'as pas

J'ai aussi un petit faible pour la mélodie bien cadencée de Tomber, tomber : un regard sans illusions sur le statut de vedette, ou plus généralement sur la jalousie que suscite chez les autres toute forme de réussite. La chanson me fait inévitablement penser à Quand j'serai K.O., d'Alain Souchon.

Tomber, tomber, rater la marche
Tomber, tomber, trop de lumière
Et tomber, tomber, manque de pot

En écho à Ma vie est ici, Tout reste là, l'avant-dernier titre, reprend admirablement le thème du retour aux sources. De la douceur intacte, telle la madeleine de Proust, que procurent les retrouvailles avec le pays de nos racines et les bras de nos mères.

Tout reste là, regards, sourires, les gestes tendres
Tout reste là, comme des traces de nos pas

Dans ces temps tourbillonnants où l'on a en tant besoin, la voix, la musique et les mots de Nicolas Peyrac m'apportent une sensation singulière de douceur, de nostalgie et d'apaisement.

Posté le Sun, 15 Feb 2009 | | | Lien permanent

Hétéroclites objets

Presqu'en même temps que Serge Lama sort L'âge d'horizons, Katie Melua nous offre The Katie Melua Colletion. Une compilation augmentée de trois inédits, dont Toy collection. Refrain :

Who’s to say when you get older
You don’t need a toy collection?
Who’s to say when you get older
That you have to follow convention?

Qui a dit quand on avance en âge
Qu'on n'a plus besoin d'une collection de jouets ?
Qui a dit quand on avance en âge
Qu'il faut suivre les conventions

Je n'ose pas, je n'ose pas songer que seulement de poupées ou de bilboquets il est ici question. Mon petit doigt me dit que sous le double sens de cette malle à jouets se cachent aussi quelques hétéroclites objets. Ces objets que Serge Lama en ces mots choisis a pris la licence d'exhiber :

Je te propose des objets hétéroclites
D'oblongs ivoires, des engins
Ce sont les sceptres de Vénus, ces monolithes
Gardiens de ton pruneau d'Agen
A vocation de troglodytes
Une forêt de capucins

Posté le Sat, 15 Nov 2008 | | | Lien permanent

Longtemps, longtemps, après que les poètes...

Serge Lama termine son recueil Sentiment Sexe Solitude par ce bref poème, en forme d'épitaphe :

Modeste fenêtre
Sur ma pierre tombale
J'aimerais qu'on installe
Une boîte aux lettres

Lors d'une rencontre au Furet du Nord de Lille le 26 février 2007, l'auteur répondait au journaliste qui l'interrogeait à ce sujet que ce n'était là qu'un jeu avec les mots, comme tant d'autres que le recueil - de fait - contient.

Il est difficile pourtant de ne pas voir percer, derrière ces deux rimes inattendues, le besoin de tout artiste de se rassurer sur la postérité de son oeuvre après sa disparition. En ce jour de circonstance (c'est la Toussaint !), ce quatrain me rappelle L'âme des poètes de Charles Trenet.

Un jour, peut-être, bien après moi
Un jour on chantera
Cet air pour bercer un chagrin
Ou quelque heureux destin.
Fera-t-il vivre un vieux mendiant
Ou dormir un enfant
Ou, quelque part au bord de l'eau
Au printemps tournera-t-il sur un phono

Longtemps, longtemps après que le poète a disparu, peut-être alors se trouvera-t-il un enfant consolé, des amants réconciliés ou un vieillard rasséréné pour glisser, dans l'urne postale de celui dont ils fredonneront encore les ritournelles, un petit signe de reconnaissance, poste dormante...

Posté le Sat, 01 Nov 2008 | | | Lien permanent

Je suis malade, Serge Lama

Titre emblématique du répertoire de Serge Lama, Je suis malade est une chanson pathétique, expression de la douleur insurmontable de l'interprète face à un amour perdu. Mais alors que dans cette situation "il faut savoir rester de glace / Et taire un coeur qui meurt déjà", comme le chante Charles Aznavour (Il faut savoir), le personnage de Serge Lama ne se maintient en vie qu'en posant des mots sur sa souffrance et en martelant à l'adresse de celle qui ne l'aime plus cet ultime appel : "Je suis malade".

Cette souffrance - psychique - s'exprime à travers plusieurs sentiments : l'absence d'envie tout d'abord, de l'envie des plaisirs quotidiens ("je ne fume plus") jusqu'à l'envie de vivre ("je n'ai plus envie de vivre ma vie"). Envie qui ne trouvait son ressort que dans l'existence fusionnelle avec l'Autre, et qui donc s'éteint dès que cette autre n'est plus.

Cette douleur a également partie liée avec un sentiment d'abandon, qui renvoie à la séparation maternelle originelle et à l'angoisse nocturne : "Je suis comme un orphelin dans un dortoir" ; "Comme quand ma mère sortait le soir / Et qu'elle me laissait seul avec mon désespoir". Toi aussi tu me lâches, comme ma propre mère m'a expulsé de son ventre le jour de ma naissance.

L'abandon s'accompagne d'une perte des repères spatio-temporels : "T'arrives on ne sait jamais quand / Tu repars on ne sait jamais où" ; "Je ne sais plus où aller, tu es partout". L'interprète n'est pas seulement délaissé, il est désorienté. Il vit même cette rupture comme un naufrage : "Comme à un rocher / Je suis acccroché à toi".

La souffrance culmine avec l'expression de son anéantissement. Il n'est plus rien, n'a plus aucune substance, autant spirituelle ("Tu m'as privé de tous mes chants / Tu m'as vidé de tous mes mots") que charnelle ("Je verse mon sang dans ton corps").

Ne reste qu'un être qui fonctionne en boucle ("Ecoutant ma propre voix qui chantera : / Je suis malade"), dans un univers qui emprisonne tout autant peut-être qu'il protège ("Cerné de barricades"). Un adulte meurtri que seul ce recroquevillement en position foetale relie encore à la vie, et lui donne la force, au paroxisme de sa douleur, de pousser ce cri final : "T'entends, je suis malade".

Je suis malade, paroles : Serge lama, musique : Alice Dona, 1973.
Ecoutez cette chanson en streaming sur Deezer, interprétée par Serge Lama lui-même, Dalida, Lara Fabian, et Thierry Amiel.

Posté le Sun, 19 Oct 2008 | | | Lien permanent

L'âge d'horizons, prochain album de Serge Lama

Le prochain album de Serge Lama, L'âge d'horizons, sortira le 3 novembre prochain.

Pochette de L'âge d'horizons, album de Serge Lama

Dans un dégradé qui passe du gris foncé à la blancheur immaculée, un regard braqué vers l'infini. Regard d'un homme qui n'ose plus douter de son éternité, mais qui au pied de l'escalier de la Vie, se sent pourtant à jamais tout petit.

Posté le Wed, 08 Oct 2008 | | | Lien permanent

Francis Cabrel, Des roses et des orties

Album Des roses et des orties, Francis CabrelPour mon dernier anniversaire, mon fils qui connaît bien mes goûts musicaux m'a offert le dernier album de Francis Cabrel, Des roses et des orties. Chez Cabrel, le mot "album" a encore tout son sens : pochette cartonnée, livret de 26 pages avec les textes et des photos. Magnifique ! Le contenu de la galette argentée l'est tout autant : 13 titres aux textes ciselés, vecteurs tour à tour de ballades romantiques (le désormais célèbre et merveilleux La robe et l'échelle) ou de critiques sociales bien tranchées (Les cardinaux en costume, Des hommes pareils). Egalement, trois reprises adaptées en français de standards country américains, pas mal !

Posté le Fri, 08 Aug 2008 | | | Lien permanent

Isabelle Boulay, Tournée 2008

Hier soir, j'ai assisté au concert d'Isabelle Boulay au Kursaal de Dunkerque grâce à deux places gagnées sur France Bleue Nord. En rentrant à la maison, je tombe par hasard à nouveau sur elle chez Ruquier : ça fait un drôle d'effet ! On a beau savoir que ces émissions sont enregistrées, on ne s'attend pas juste après avoir vu un artiste en "chair et en os" (plutôt en chair qu'en os en l'occurence ;-) à le/la retrouver sur le petit écran !

Le concert sinon était superbe. Je connaissais surtout la facette "classique" de l'artiste. Mais elle sait aussi être une vraie diablesse du rock. Et ce qui m'a beaucoup plu aussi, ce sont ses titres country western, marque de ses origines gaspésiennes.

Un spectacle majestueux, dans le décor, la gestuelle de l'artiste, sa tenue (robe signée Christian Lacroix, excusez du peu), autant que son phrasé (beaucoup d'intermèdes parlés ; les Québecoises sont de grandes bavardes, on le sait bien !!!).

Le concert s'achève avant les rappels sur ce titre magnifique, Ton histoire. Une histoire d'occasions manquées, de deux routes qui furtivement se sont croisées mais aussitôt écartées, qui aujourd'hui avancent en parallèle et n'attendent que le moment de se retrouver.

Je n’étais pas loin, je n’oubliais rien
Quand le temps a bâti des murs
Entre toi et ma peau
Je n’étais pas loin, je n’oubliais rien
Même après ma vie, je le jure
Je te dirai ces mots
Ton histoire est mon histoire
Ta douleur est ma douleur
Ta route est ma route

Posté le Sun, 01 Jun 2008 | | | Lien permanent

Renan Luce au Zénith de Lille, 21 avril 2008

Renan Luce au Zénith de Lille, 22 avril 2008

J'aurais préféré applaudir Renan Luce au théâtre Sébastopol la veille, mais c'était complet. Le son au Zénith est plus métallique, l'ambiance moins fusionnelle : en bas, ceux qui se trémoussent debout, portable photo au bout des doigts ; en haut ceux qui comme moi préfèrent être assis, même sur un siège en bois, main dans la main avec leur douce complice. Renan Luce est carrément multigénérationnel, c'est ce qui fait en grande partie son succès. Héritier de Brassens dont il perpétue l'écriture ciselée, poétique et mordante, tout autant que mascotte des 15-25 ans accros aux Converse et à NRJ. Du coup, le son live est plus rock que sur l'album, la voix s'efface souvent derrière la rythmique guitares - batterie. Mais le bonhomme recèle une énergie folle, salutaire, communicative, et on se laisse ainsi vite emporter par l'ambiance. Bref, un bon moment. J'attends avec impatience le 2e album, puis les suivants...

Posté le Tue, 22 Apr 2008 | | | Lien permanent

Katie Melua, live au Colysée de Roubaix

Katie MeluaMerveilleux moment que le spectacle de Katie Melua hier soir, au Colysée de Roubaix. Le concert commence par quelques titres qu'elle interprète seule à la guitare puis au piano. Puis derrière un superbe jeu de cinq écrans apparaissent ses six musiciens, qui l'emportent alors dans une série de chansons pop-rock ou blues.

La voix claire et puissante de l'artiste emplit tout l'espace. Les éclairages, les jeux d'écrans donnent à la musique un éclat et une couleur incomparables. Les chansons de Katie Melua tissent un univers poétique et mélancolique, qui me rappelle parfois Leonard Cohen. Ma préférée reste et demeure assurément Spider's web :

The piano keys are black and white
But they sound like a million colours in your mind

Un bonheur partagé avec une salle archicomble. Déjà quelques échos et quelques photos dans les blogs d'autres spectateurs : ici, ou .

Posté le Sun, 30 Mar 2008 | | | Lien permanent

Renan Luce, La lettre

La première fois où j'ai entendu La lettre de Renan Luce sur la bande FM, j'ai instantanément été touché par cette petite histoire, "naïve et sincère" comme dirait Souchon que Luce doit certainement citer parmi ses maîtres.

Une histoire naïve, d'amours naissantes et adu-lescentes entre un "homme" qui aime "bien ce genre de jeux" et une "petite ingénue" qui commet encore "quelques fautes d'orthographe" et joue puérilement au chantage au suicide !

Mais cette histoire d'amour est le produit d'une erreur du quotidien, d'un hasard, d'une "maladresse de facteur". Mal-"adresse" pourrait-on écrire en la circonstance ! Cette erreur fatale gravite autour de la lettre, de l'objet-lettre, d'un objet manufacturé ("courbes manuscrites") à qui la chanson confère une véritable matérialité : tactile (fallait-il "l'ouvrir cette lettre"), olfactive ("aspergée de parfum"), gustative (marques de "rouge à lèvres carmin"), orthographique ("sur le haut de ses i" ; "comme dans les abbayes" : A-B-I) et graphique ( "jolies marguerites, courbes manuscrites"). Au point que l'objet est quasiment l'incarnation de cette "petite blonde sexy" qui en est la signataire.

Au moment où cette lettre tombe dans sa boîte, le protagoniste se trouve ainsi à la croisée de deux possibles. Il hésite, se demande s'il "aurai[t] dû cette lettre / Ne pas l'ouvrir peut-être". Faut-il raisonnablement redresser le cours des choses en réacheminant ce courrier à son véritable destinataire ? Ou usurper et s'approprier cet objet de désir "carmin" au parfum féminin, et suivre l'aventure merveilleuse que cette missive annonce...?

Comment ne pas résister à la seconde alternative, quand on "aime ce genre de jeu" ? Comment ne pas se laisser basculer dans une vie inconnue : basculement que souligne habilement l'enjambement sur ces deux vers du refrain : "Qui aime bien ce genre de jeu / ...n'aime pas les nonnes".

On ne découvre qu'à la fin de l'histoire que l'ultimatum suicidaire posée par la jeune femme à son amant ne porte pas que sur leurs sentiments. L'épitre avait aussi et surtout pour "objet" de mettre l'amant au pied du mur, ici symboliquement au pied de la "falaise", de voir s'il assumera sa paternité au delà de ses "ébats".

Le héros ne le sait pas de prime abord. Mais pourtant dès le début de la chanson, des signes avant-coureurs nous annoncent cette paternité de substitution qu'il découvrira à la fin et acceptera spontanément d'endosser : l'évocation aléatoire de prénoms qu'elle pourra lui attribuer, "Alphonse ou Fred". Ou encore la symbolique de l'enveloppe qui recèle cette lettre "porteuse" d'une vie nouvelle, à rapprocher du ventre de la jeune femme qui porte son "petit habitant". Mais aussi les onomatopées qui ponctuent la fin de chaque refrain, "payapapa papayapa", autrement entendu : Y'a Papa !

Tout était donc "écrit" dès le début. L'issue de la chanson, la non-chute finale dans le vide confirme que le cours que cette lettre imprime à la vie du héros obéit aux lois de la fortune et de la nature. La légèreté de sa nouvelle existence déjoue ainsi les lois de "Newton".

De même que Serge Lama chantait que "quelque soit celui qui fait germer la pomme / Le père pour l'enfant c'est celui qui est là / Qui caresse sa mère et qui lui tend les bras" (L'enfant d'un autre), Renan Luce rappelle dans cette histoire que la paternité n'est pas tant le "fruit" d'un rapport, mais bien davantage la construction patiente et merveilleuse d'une relation entre un père et son enfant.

La lettre, Album Repenti, 2007, Paroles et musique : Renan Luce. Deezer propose une écoute de cette chanson en streaming. Visitez aussi le site officiel de Renan Luce. Un grand talent !

Posté le Wed, 12 Mar 2008 | | | Lien permanent