Je voudrais tant que tu sois là, Serge Lama
Le titre lui-même suggère une situation qui, dès le deuxième couplet, se révèle sans équivoque : Je voudrais tant que tu sois là décrit l'amour d'un homme pour une femme qui ne partage pas toute sa vie, une femme qui peut-être est loin de lui, ou plus probablement aime et vit avec un autre homme.
C'est la chanson d'un manque, d'une douleur. l'expression pathétique d'un sentiment à sens unique. Le personnage qui s'y exprime à la première personne est à ce point enferré dans son sort que le temps s'est arrêté aux portes de son avenir qui se repose
, qu'aucune bribe de vie ne lui paraît encore possible :
"Dans mon désert y'a pas de fleurs
Pas d'oasis et pas de vent"
Tout, pour lui, semble fini, au sens propre et figuré de ce qualificatif, dans cet univers borné
(joli oxymore ;-), dans cette chambre close
, où elle seule pourrait élargir son espace
.
L'amour, dans cette longue litanie qu'il adresse à celle qui est la cause de son désarroi, est par ailleurs un amour quantifié : il espère d'elle qu'elle vienne plus souvent
, se désole qu'elle ne l'aime pas assez
, exprime le souhait de l'avoir un jour tout à moi
, se déclare même prêt à en payer le prix d'avance
.
On comprend aisément, lorsque celle qu'on aime partage son temps et ses sentiments entre deux hommes, que l'amour devienne une réalité comptabilisée. Mais comment, avec les yeux rivés sur l'horloge et le calendrier, éveiller chez l'autre le désir d'un sentiment amoureux partagé, comment passer de ce t'avoir tout à moi
à un être ensemble
?
C'est à peine imaginable, et cela explique que cette longue plainte, écrite à la première personne, ne soit tournée que vers celui qui la lance, incapable de se détacher de son ego : ma lassitude, ma solitude, mon espérance
.
Bien sûr, l'amour rend aveugle, le manque et le chagrin d'amour aussi. Les larmes piquent les paupières, mais elles apaisent aussi la douleur et en effacent les traces. Sans doute cet amour est-il un amour impossible, peut-être même peu souhaitable. Mais la douleur qu'il procure, quelle qu'en soit son issue, demeure un mal nécessaire, un passage obligé dans la traversée de ce désert
où il n'y a pas de fleurs, pas d'oasis et pas de vent
.
Je voudrais tant que tu sois là, Paroles : Serge Lama, Musique : Yves Gilbert, 1977
Lire les paroles sur le site officiel de l'artiste, ou sur le blog d'Isabelle C.
Sur le Petit musée de Serge Lama, lire cet extrait d'une interview où Serge Lama explique comment il a adapté le texte pour Annie Girardot, sur l'album Plurielles.
Posté le ven., 12 mai 2006 | | | Lien permanent

