Göttingen, Barbara
J'aime l'Allemagne. J'aime aussi la langue allemande, depuis que j'en ai débuté l'apprentissage au collège. A l'inverse de l'anglais qui agglutine, l'allemand est une langue qui enveloppe. Dans une phrase allemande, chaque élément a sa place, par souci non pas tant d'ordre mais plutôt d'harmonie.
Très tôt, mes parents m'ont donné la chance de participer à des échanges scolaires puis universitaires. Mes séjours à Kirchehrenbach, Stuttgart, Kiel ou ... Göttingen sont marqués par la première rencontre d'une autre culture, par la première expérience de l'altérité. Ces souvenirs se sont estompés, le temps en a inévitablement magnifié les aspérités. Mais ils me reviennent toujours en mémoire lorsque j'entends Barbara chanter Göttingen.
La chanson a une histoire que François Faurant raconte bien : Barbara a grandi dans une famille juive pourchassée par les Nazis pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1965, elle enregistre Göttingen, après avoir accepté de chanter dans cette ville à la demande d'un jeune admirateur Allemand qui était venu l'applaudir à Paris.
Göttingen, c'est une chanson sur le pardon douloureux et sur le dialogue entre les cultures. Barbara inscrit son rapport à l'Allemagne non pas dans des généralisations, mais dans une relation personnelle, avec une ville particulière, avec Herman, Peter, Helga et Hans
.
Les premiers couplets décrivent la première étape que traverse celle ou celui qui fait l'expérience de "l'autre", de l'étranger : On compare, on jauge, on compte le moins et le plus. Göttingen, petite bourgade aux maisons à colombages, ce n'est pas la Seine, ce n'est pas le bois de Vincennes
. En revanche, la chanson souligne la curiosité des Allemands pour la culture française, qui savent mieux que nous [...] l'histoire de nos rois de France
.
De fait, cette attirance pour la France chez mes amis allemands m'a souvent frappée. Quête d'un pardon, d'une tranquilité de l'esprit retrouvée pour les nouvelles générations ? A l'inverse, les préjugés de tant de mes compatriotes envers l'Allemagne et l'allemand me désole tout autant, et bien moins encore que ne me révolte l'imbécilité encore bien vivace de certains.
Et ce n'est qu'après cet inventaire des dissemblances que commence la recherche des ressemblances, des invariants qui recoupent deux ou plusieurs cultures. C'est le constat d'un imaginaire commun, des contes de notre enfance [qui] commencent à Göttingen
. Ou celui d'une semblable pureté des enfants que la culture n'a pas encore modelés, qui sont les mêmes, à Paris ou à Göttingen
. Ou encore l'évidence de la langue du coeur :
Quand ils ne savent rien nous dire
Ils restent là à nous sourire
Mais nous les comprenons quand même
Les enfants blonds de Göttingen
Et dès l'instant que l'un et "l'autre" se sont rapprochés, il devient alors douloureux d'évoquer une rupture que l'Histoire à nouveau provoquerait. Que ferait-on, lorsque sonnerait l'alarme, s'il fallait reprendre les armes
? Affreux dilemne, choix impossible entre la fidélité due aux siens et les liens noués avec l'Autre.
Göttingen, Paroles et musique : Barbara, 1965
Sur ce site franco-allemand dédié à Barbara, lire le texte de la chanson en français et sa version allemande
Visiter aussi passion-barbara.net, ou encore Les amis de Barbara.
Posté le mar., 26 déc. 2006 | | | Lien permanent
La gare de Lille Flandres aux couleurs de l'Inde
Sous ce rideau de couleurs, la gare de Lille-Flandres invite à un voyage en partance pour l'Inde.
Posté le ven., 01 déc. 2006 | | | Lien permanent

