Demain, la ville numérique
Martine Aubry, en précampagne électorale, invitait dernièrement les Lillois à la Maison de l'éducation permanente pour un cycle de rencontres autour de problématiques actuelles. L'annonce de la soirée du 12 décembre avait retenu ma curiosité : il y était question de la "ville numérique", et l'un des intervenants, Daniel Kaplan, est co-rédacteur d'un blog qui figure en bonne place depuis longtemps déjà dans mon agrégateur: InternetActu.
Dans son intervention, Daniel Kaplan a rappelé tout d'abord que "ville numérique" et "ville minérale et charnelle" ne sont pas sur des plans séparés, mais s'imbriquent étroitement l'une dans l'autre. La première se dessine, se contrôle, innove numériquement. Il a dessiné ensuite les contours de ce que serait une "bonne ville" numérique :
- Une ville personnelle, familière et partagée. Imaginons par exemple des abribus dotés d'écrans qui délivrent une information locale sur le quartier où ils sont implantés
- Une ville ouverte, participative, régulée. Daniel Kaplan fait ici référence aux blogs "citoyens" comme MonPuteaux.com, qui sont devenus de puissants moyens d'information locale, mais aussi parfois de redoutables contre-pouvoirs.... Il insiste aussi sur des dérives possibles, comme ces cartes de la criminologie établies par des citoyens eux-mêmes dans des villes américaines.
- Une ville sûre et retenue. Il a été question ici de vidéosurveillance, dont il a également pointé les limites.
- Une ville dynamique, sociale et durable
Le nom de Philippe Lemoine m'était quant à lui inconnu, mais je ne tarderai pas à me procurer son dernier livre, La nouvelle origine, tant le propos de ce spécialiste des nouvelles technologies tout autant que de l'économie m'a "emballé".
Philippe Lemoine a commencé à tordre le cou à cette idée reçue qui veut que la France serait en retard en termes de nouvelles technologies, en montrant que sur le plan de l'utilisation personnelle, nous sommes plutôt en avance (haut débit, wifi, e-commerce, blogs, wikis), mais qu'en revanche nous accusons du retard dans l'informatique d'entreprise. Il a ensuite rappelé que les technologies numériques constituent effectivement une véritable tornade, mais une tornade qui bouge : les technologies utilisées aujourd"hui ne sont pas stabilisées.
En partant de l'opposition entre cité grecque et cité romaine, il a ensuite établi une différence entre pouvoir et autorité, en définissant l'autorité comme la capacité à oser, à s'autoriser à élaborer des choses nouvelles, et en envisageant comment les nouvelles technologies peuvent en l'occurence nous autoriser à rapprocher des mondés éloignés.
Alors, et si nous "osions" quelques pas de plus dans la création de villes numériques ? Un exemple me vient à l'idée : ma "bonne ville" de Lille est dotée d'une remarquable médiathèque. Celle-ci est implantée sur plusieurs sites (en gros un par quartier), mais cette multipolarité n'est en rien un inconvénient car la médiathèque dispose d'un site web. Sur ce site on peut, chez soi ou sur place, consulter le fonds documentaire de n'importe quelle antenne, réserver un ouvrage. C'est déjà une grande avancée, mais pourquoi ne pas imaginer que sur chaque fiche, les lecteurs puissent aussi déposer un commentaire sur l'ouvrage qu'ils ont lu, ou pointer vers un article qu'ils ont rédigé à ce sujet sur leur blog ? Ou encore, un peu à la manière des recommandations en usage sur Amazon, pourquoi ne pas imaginer une fonction de recommandations du genre : "Les lectrices et lecteurs qui ont emprunté cet ouvrage ont aussi emprunté..." ? Pourquoi ne pas imaginer, pour celles et ceux qui le souhaitent, de se géolocaliser sur une carte de la ville ?
Bref, M. Lemoine, avec l'enthousiasme qui est le vôtre, vous avez apporté la preuve que l'internet est un outil prodigieux de rapprochement entre les citoyens, même si la fracture numérique est encore réelle en termes d'équipements. J'ai hâte de déflorer votre livre à présent. Grrr... on ne le trouve pas (encore ;-) à la bibliothèque de Lille !
Posté le mar., 18 déc. 2007 | | | Lien permanent

