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Katie Melua, live au Colysée de Roubaix

Katie MeluaMerveilleux moment que le spectacle de Katie Melua hier soir, au Colysée de Roubaix. Le concert commence par quelques titres qu'elle interprète seule à la guitare puis au piano. Puis derrière un superbe jeu de cinq écrans apparaissent ses six musiciens, qui l'emportent alors dans une série de chansons pop-rock ou blues.

La voix claire et puissante de l'artiste emplit tout l'espace. Les éclairages, les jeux d'écrans donnent à la musique un éclat et une couleur incomparables. Les chansons de Katie Melua tissent un univers poétique et mélancolique, qui me rappelle parfois Leonard Cohen. Ma préférée reste et demeure assurément Spider's web :

The piano keys are black and white
But they sound like a million colours in your mind

Un bonheur partagé avec une salle archicomble. Déjà quelques échos et quelques photos dans les blogs d'autres spectateurs : ici, ou .

Posté le Sun, 30 Mar 2008 | | | Lien permanent

Renan Luce, La lettre

La première fois où j'ai entendu La lettre de Renan Luce sur la bande FM, j'ai instantanément été touché par cette petite histoire, "naïve et sincère" comme dirait Souchon que Luce doit certainement citer parmi ses maîtres.

Une histoire naïve, d'amours naissantes et adu-lescentes entre un "homme" qui aime "bien ce genre de jeux" et une "petite ingénue" qui commet encore "quelques fautes d'orthographe" et joue puérilement au chantage au suicide !

Mais cette histoire d'amour est le produit d'une erreur du quotidien, d'un hasard, d'une "maladresse de facteur". Mal-"adresse" pourrait-on écrire en la circonstance ! Cette erreur fatale gravite autour de la lettre, de l'objet-lettre, d'un objet manufacturé ("courbes manuscrites") à qui la chanson confère une véritable matérialité : tactile (fallait-il "l'ouvrir cette lettre"), olfactive ("aspergée de parfum"), gustative (marques de "rouge à lèvres carmin"), orthographique ("sur le haut de ses i" ; "comme dans les abbayes" : A-B-I) et graphique ( "jolies marguerites, courbes manuscrites"). Au point que l'objet est quasiment l'incarnation de cette "petite blonde sexy" qui en est la signataire.

Au moment où cette lettre tombe dans sa boîte, le protagoniste se trouve ainsi à la croisée de deux possibles. Il hésite, se demande s'il "aurai[t] dû cette lettre / Ne pas l'ouvrir peut-être". Faut-il raisonnablement redresser le cours des choses en réacheminant ce courrier à son véritable destinataire ? Ou usurper et s'approprier cet objet de désir "carmin" au parfum féminin, et suivre l'aventure merveilleuse que cette missive annonce...?

Comment ne pas résister à la seconde alternative, quand on "aime ce genre de jeu" ? Comment ne pas se laisser basculer dans une vie inconnue : basculement que souligne habilement l'enjambement sur ces deux vers du refrain : "Qui aime bien ce genre de jeu / ...n'aime pas les nonnes".

On ne découvre qu'à la fin de l'histoire que l'ultimatum suicidaire posée par la jeune femme à son amant ne porte pas que sur leurs sentiments. L'épitre avait aussi et surtout pour "objet" de mettre l'amant au pied du mur, ici symboliquement au pied de la "falaise", de voir s'il assumera sa paternité au delà de ses "ébats".

Le héros ne le sait pas de prime abord. Mais pourtant dès le début de la chanson, des signes avant-coureurs nous annoncent cette paternité de substitution qu'il découvrira à la fin et acceptera spontanément d'endosser : l'évocation aléatoire de prénoms qu'elle pourra lui attribuer, "Alphonse ou Fred". Ou encore la symbolique de l'enveloppe qui recèle cette lettre "porteuse" d'une vie nouvelle, à rapprocher du ventre de la jeune femme qui porte son "petit habitant". Mais aussi les onomatopées qui ponctuent la fin de chaque refrain, "payapapa papayapa", autrement entendu : Y'a Papa !

Tout était donc "écrit" dès le début. L'issue de la chanson, la non-chute finale dans le vide confirme que le cours que cette lettre imprime à la vie du héros obéit aux lois de la fortune et de la nature. La légèreté de sa nouvelle existence déjoue ainsi les lois de "Newton".

De même que Serge Lama chantait que "quelque soit celui qui fait germer la pomme / Le père pour l'enfant c'est celui qui est là / Qui caresse sa mère et qui lui tend les bras" (L'enfant d'un autre), Renan Luce rappelle dans cette histoire que la paternité n'est pas tant le "fruit" d'un rapport, mais bien davantage la construction patiente et merveilleuse d'une relation entre un père et son enfant.

La lettre, Album Repenti, 2007, Paroles et musique : Renan Luce. Deezer propose une écoute de cette chanson en streaming. Visitez aussi le site officiel de Renan Luce. Un grand talent !

Posté le Wed, 12 Mar 2008 | | | Lien permanent